Dossier Thermolyse


Les pionniers en France
(ARTHELYSE à
Arras, Pas-de-Calais)


Saisir le contexte

Sur les 300-450kgs de déchets que chaque citoyen produit annuellement, et malgré le tri sélectif ou le recyclage, il aura toujours des déchets ultimes. Ce sont les déchets industriels "banals" (DIB) représentant essentiellement les sous-produits non valorisables de la filière de traitement (e.g. mâchefers d'incinération, boues d'épuration des eaux), ou bien simplement les "encombrants" que chacun est régulièrement appelé à déposer sur son trottoir. Ces déchets, pour l'essentiel relativement inoffensifs et inertes, doivent être finalement enfouis. Cela reste sans conséquence majeure pour l'environnement, tout comme dans une autre catégorie l'enfouissement des gravats du BTP.

Le principe des CET de classe II n'a que très, très peu à voir avec une telle description. En effet, la notion de "déchet ultime" a été rendue malencontreusement floue afin de permettre de stocker tout et n'importe quoi pour éviter la prolifération des décharges sauvages. Selon une belle formule (cf. Vous avez dit CET ?) ils répondent à la définition de : "Déchet résultant ou non d'un traitement de déchet, non susceptible d'être traité dans les conditions techniques et économiques du moment, notamment par extraction de la part valorisable ni par réduction de son caractère polluant ou dangereux."

Les opportunes "conditions techniques et économiques du moment", dont on s'interroge toujours sur la définition précise, étant chaque année ce qu'elles restent, il est donc enfin légalement possible d'enfouir des déchets polluants et dangereux, ainsi que de rajouter au catalogue de ces fameux "déchets ultimes", un certain nombre de déchets fermentescibles, dont les ordures ménagères (OM).

Les OM, qui avaient vocation à être incinérées à 100% pour un traitement propre et non polluant (selon normes aujourd'hui très strictes), se retrouvent maintenant pour une bonne moitié entassées ad eternam dans les CET, produisant pendant plusieurs décennies les infâmes lixiviats et biogaz, aussi polluants que sanitairement dangereux (cf. Nuisances et Risques).

A écouter les protagonistes des CET de classe II, il s'agirait d'un bon compromis entre les deux solutions (incinération + enfouissement). Toute inquiétude sanitaire ne relèveraient que de l'ignorance ou de l'affabulation, compte-tenu de la (soi-disante) haute technicité déployée pour garantir les risques. Simple problème de communication. Par ailleurs, le stockage à la "pot pourri" - tous déchets confondus ou presque - est pour l'exploitant privé aussi simple à mettre en oeuvre qu'économiquement juteux, sur des périodes décennales, une forme de rente de situation durable. On les imagine aisément affirmer en privé "Je ne vais quand même pas me tirer une balle dans le pied pour aller chercher des solutions alternatives et technologiquement coûteuses, même pour leur développement durable !"

Heureusement que les professionnels de la filière du traitement des déchets ne se ressemblent pas tous. Il en est qui voient plus loin, et qui refusent de capitaliser sur le concept dépassé des conditions techniques/économiques du "moment", et qui depuis des années se sont mis en quête de solutions alternatives. Nous présentons ici le principe de la thermolyse, terme générique qui regroupe divers procédés similaires. La thermolyse permet de réduire les OM, les DIB et même d'autres types de déchets spéciaux (pneus et broyage automobile, déchets électroniques, résidus hospitaliers, carcasses, refus de tri..) à des substances inertes ou valorisables, tout en produisant de l'énergie. Elle représente une véritable révolution comme un tournant décisif dans l'histoire du domaine. Et une autre bonne nouvelle: la France est à la pointe !

Cette page décrit le principe générique simplifié de la thermolyse, pour une première familiarisation. Des données techniques, statistiques et économiques plus poussées sont présentées dans notre Annexe Technique, avec nombre de références et liens internet utiles.


La thermolyse

Le nom signifie étymologiquement "séparation des éléments par la chaleur". Le terme souvent employé comme équivalent de pyrolyse ("séparation par le feu") est moins exact. Le principe de base de la thermolyse est celui d'une combustion des déchets sans flamme, c'est à dire en l'absence d'oxygène, comme dans la fabrication ancestrale du charbon de bois. La figure ci-dessous illustre de façon simplifiée le fonctionnement de la chaine.

Les déchets sont d'abord broyés puis séchés pour réduire leur teneur en eau de 30% à 10%. Ils sont ensuite placés dans un four hermétique rotatif porté à une température comprise entre 450°C et 750°C.
Sous l'effet de la chaleur, les composants organiques se séparent en gaz et en solide :

- Les constituants gazeux sont séparés en une fraction consensable (vapeur d'eau, huiles, goudrons) récupérée sous forme de liquide, et une fraction non consensable (méthane et hydrocarbures, hydrogène, azote, monoxyde de carbone) dont la partie inflammable est utilisée pour sécher les déchets et chauffer les parois du four.

- Les constituants solides sont formés de cendres (carbone) et de matières stables (verre, sels, métaux) qui sont décomposés et récupérés à leur tour. Le chlore, qui dans les incinérateurs classiques est responsable de la formation de dioxines, est ici piégé par le carbone. Une fois lessivées de leur composante organo-chlorée, les cendres sont réduites à un résidu de "coke" équivalent à du charbon maigre, dont la valeur calorifique est équivalente à celle du bois. En fin de chaîne, il n'y a donc ni cendres ni mâchefers. Une tonne de déchets bruts produit typiquement 240kg de ce coke, lequel peut être directement valorisé comme combustible non polluant pour la sidérurgie, les cimenteries, les centrales électriques ou les chaufferies.

Le procédé décrit ci-dessus correspond à la thermolyse simple. Il est possible d'aller encore plus loin avec la thermolyse intégrée. Celle-ci consiste à brûler le coke de themolyse dans un four à haute température (1300-1500°C) pour produire de l'énergie. Les résidu, qui représente au plus 50% de la masse de combustible initiale (sout 100-120kg), consiste en un granulat vitrifié dur et inerte pouvant être utilisé dans les travaux publics.

Le premier tableau ci-dessous donne une liste des principaux types de déchets pouvant être ainsi "thermolysés", incluant les OM et DIB, autrement candidats à l'incinération (OM) ou l'enfouissement perpétuel dans les CET de classe II (OM+DIB). Ce simple et unique procédé prend effectivement en charge un grand nombre de déchets de provenance et de nature diverses.

ordures ménagères (OM)
déchets électroniques
déchets industriels banals (DIB)*

refus de tri, de compostage ou de méthanation

certains déchets industriels spéciaux (DIS)
déchets de bois, retraités ou non
déchets industriels dangereux (DD)
déchets hospitaliers

déchets de pneus (PUNR)**

boues d'épuration d'eau séchées

résidus de broyage automobile (RBA)

carcasses animales et déchets d'équarissage

papiers, plastiques

matières stercorales (fientes)

* une liste des DIB est fournie ici
** pneus usagés non rechappables


Les divers avantages techniques et environnementaux de la thermolyse sont résumé dans le deuxième tableau ci-dessous. Outre le large éventail de déchets admissibles, plusieurs lignes ayant une capacité de 2-4T/h peuvent être activées en parallèle, représentant une capacité de traitement annuelle d'au moins 40.000T/an à 70.000T/an. La valorisation énergétique (chaleur, électricité) par gaz ou par thermolyse intégrée (coke) peut être modulée selon les besoins locaux. A noter que la réaction thermolytique ne demande pas d'apport de pétrole, ce qui est un avantage considérable en matière de côut de fonctionnement et d'indépendance énergétique. Le four n'utilisant pas de matériaux réfractaires, il est possible d'effectuer des opérations de maintenance sous 48h. Concernant l'environnement, le volume de fumées rejetées dans l'atmosphère représente la moitié de celui d'un incinérateur classique de même capacité, avec absence virtuellement totale de dioxines ou de métaux lourds. Il n'y a pas production de cendres ni de mâchefers, et il est possible (thermolyse intégrée) de ramener le "résidu ultime" à 1% du tonnage initial, lequel est inerte et même récupérable pour la filière BTP.

technique
environnement
large éventail de déchets admissibles
rejet de fumées réduit de 50%, sans dioxines ni furanes ni métaux lourds
modularité par lignes indépendantes;
supporte variations de charge de 25% à 125%
inertage de tous les sous-produits polluants (solide, gaz)
2-4 T/h par ligne (20.000 à 30.000 T/an)
ni cendres, ni mâchefers
flexibilité de valorisation énergétique selon gaz ou coke ou les deux
coke non lixiviable, immédiatement valorisable en énergie (électricité, chaleur)
indépendance vis-à-vis du pétrole
maintenance du four sous 48h
combustion du coke produit un granulat vitrifié inerte récupérable


Thermolyse ou enfouissement "technique", le débat


Comme toute innovation, la thermolyse aura connu des débuts difficiles, dûs à des problèmes de coûts d'exploitation (e.g. Nexus à Châteaurenard, en 1994) ou à un certain nombre de défaillances techniques (e.g. Siemens à Fürth en 1998, et Thermoselect à Karlsrühe en 1999). Depuis, les raisons de ces différents échecs ont été bien comprises, l'explication étant en particulier que certains de ces procédés n'étaient apparentés que de loin à la thermolyse telle que développée aujourd'hui. L'état actuel de la technologie n'a effectivement plus rien à voir avec ces tâtonnements initiaux et ces conditions économiquement défavorables. Il reste pourtant des esprits grincheux ou (franchement) malhonnêtes pour perpétuer la légende que la thermolyse ne marcherait toujours pas, et même dans le cas contraire, elle coûterait encore trop cher.

Regardons de plus près à qui profite une telle argumentation.

Parmis les différents rapports gouvernementaux de ces dernières années (et que nous avons mis en exergue sur ce site), nous soulignons ici celui des sénateurs G.Miquel et S.Poignant, préparé en 1998-99 [1]. La thermolyse n'en est qu'à ses premiers pas, mais déjà ceux-ci affirment courageusement:

" Le choix de l'incinération se justifie sur certains créneaux pour des raisons de coût de traitement, mais est aussi fondé sur le poids des habitudes, le prestige et l'influence des grands groupes qui la soutiennent."

En clair, la justification par ces soit-disant "grands groupes" de la filière incinération comme solution imposée, plus économique que visonnaire, avec son échec patent que représente sa conséquence, "l'enfouissement technique de Classe II" et la réticence à toute innovation. Et le rapport de continuer ainsi :

"La thermolyse est un traitement de proximité qui s'inscrit dans une logique de réduction des coûts de transport, de multiplication des emplois de proximité et d'aménagement du territoire."

Bien que ne pouvant traiter que des quantités de déchets modestes à l'époque, la thermolyse apparait déjà comme prometteuse d'emplois et de développement à l'échelon départemental. Le rapprochement entre les deux citations révèle également que le système en place protègerait un certain "lobby" des transports. L'idée que les déchets puissent être localement traités en plus petites quantités représenterait pour ces derniers la fin d'une certaine rente de situation. Mais ne pas en conclure pour autant la fin des transports ! Il s'agirait simplement d'une redistribution des flux, et soulignons-le, d'une diminution des nuisances locales, sur fond de création d'emplois de proximité. En 2005, ces différents arguments sont d'une extrême actualité, et il faut bien que "certaines habitudes" prennent fin ! Quant au fameux prestige industriel, demander aux intéressés. Ils devraient s'inquiéter que leur soit-disant prestige se ternisse à force de promouvoir des solutions aussi archaïques que les CET de classe II, et d'être résolument tournés vers le passé avec le profit immédiat pour unique motivation.

Les vrais acteurs du progrès trouvent la leur dans la préparation de l'avenir et la réalisation d'innovations concrètes et concluantes L'usine-modèle de thermolyse d'Arras (Pas-de-Calais), qui fonctionne à plein depuis 2004 avec une capacité de 50.000T/an, ainsi que de nombreux autres exemples à l'étranger (e.g. Izumo, Japon, 70.000T/an, Huelva, Espagne, 225.000 T/an), offre un démenti criant sinon embarrassant aux détracteurs de la thermolyse (voir Annexe Technique). Le débat "thermolyse contre CET" est bien d'actualité, bien que l'opinion publique ne soit pas encore mobilisée, ni désintoxiquée des vieux arguments. Certains puissants lobbies qui en sont l'origine ne sont pas prêts à lâcher la juteuse filière de l'enfouissement technique, qui pour eux représente une véritable rente de situation sinon une douce retraite !

L'Annexe technique de ce dossier montre de façon détaillée que les côuts de la thermolyse (investissement et traitement au final) sont très compétitifs par rapport à ceux de l'incinération. On n'oubliera pas trop vite que tout n'est pas seulement une affaire de chiffres et de rentabilité mais aussi de développement durable. On n'oubliera pas non plus que les unités de thermolyse traitent un bien plus grand éventail de déchets, sans pollution. Et que les résidus de thermolyse produisent du charbon, source d'énergie électrique ou mécanique, ou valorisable dans les cimenteries et la sidérurgie sur le territoire Européen. Et qu'au niveau du département les côuts de transport (et ses nuisances polluantes) sont moindres si on choisit de créer des unités "à taille humaine", situées dans les zones d'activités et proches des grands axes routiers. Mais voici détail supplémentaire très important:

une unité de thermolyse comme celle d'Arras crée 60 emplois
, dont 30 affectés directement sur site. Par ailleurs, les 20 M€ d'investissement initial (unité de 50.000T/an) incluent pour une grande part des travaux de réalisation concernant une grande variété de PME locales, cela sur une période de 20 à 24 mois. Une véritable bouffée d'oxygène pour celles-ci, incluant la possibilité de contrats de maintenance pour les années qui suivent. Vous avez dit développement durable ?


La thermolyse n'est pas seulement une solution propre
et ancrée dans le (vrai) développement durable,
elle est aussi une solution de développement économique
et de création d'emplois


En guise de conclusion, citons le témoignage éloquent de J-F.Deveau, spécialiste et inventeur de l'un des procédés de thermolyse [2], qui se passe de tout commentaire (emphase ADSE):


" Les besoins de base auxquels ce procédé apporte une satisfaction est le traitement rationnel des déchets par un recyclage et une valorisation sans impact sur l'environnement. En effet, cette nouvelle technologie s'avère plus performante que les technologies mises en jeu pour traiter les déchets, car les polluants sont pris en amont et que le déchet est lui-même utilisé pour créer les conditions favorables à un traitement sans rejet d'acide, de métaux lourds et de dioxines et furanes.

Le rôle de l'entreprise est de promouvoir et de mettre en place dans un environnement favorable des technologies innovantes de traitement de déchets qui transforme la notion même de déchets en produit totalement valorisable. Sur 100 % des déchets entrant, 98 % sont recyclés et valorisés et les deux derniers pour cent constituent un vitrifiat non lixiviable ou des métaux récupérables.

Cette fin de siècle voit une forte pression de l'opinion publique soucieuse de sa qualité de vie, de plus en plus désireuse de préserver l'environnement et plus concernée que jamais par la pollution. Le mouvement écologiste d'un côté, les écologues de l'autre ont favorisé et surtout fédérer les initiatives en ce domaine.

Avec la mondialisation, on se rend bien compte que la pollution ne connaît pas de frontières. Pour preuve, on trouve dans le lait maternel des femmes Esquimaux des taux de records de dioxines et furanes bien qu'il n'y ait pas d'incinérateur d'ordures ménagères dans les contrées reculées du pôle Nord. L'explication est simple. Ces femmes se trouvent en fin de chaîne alimentaire ; elles absorbent ces quantités de molécules cancérigènes dans les graisses animales de poissons et de phoques. Dioxines et furanes auront voyagé depuis les pays industrialisés jusqu'à elles.

Les mentalités des forces vives ont réellement évolué au grand dam de sociétés oligopolistiques de traitements de déchets toujours plus avides de performances financières que de performances en matière de lutte contre la pollution. Ces sociétés hégémoniques entretiennent savamment le mystère autour de leur process n'hésitant pas à augmenter de manière abusive le prix de leur traitement sous couvert d'investissements de dépollution, certes existants mais inefficaces et peu coûteux au regard des marges qu'ils dégagent par cet artifice.

Avec, en corollaire, des ménages français adroitement culpabilisés et finalement résignés : " Le traitement des déchets coûte cher
".

Grâce à la thermolyse le traitement des déchets n'est plus une fatalité.
"

Pour le lecteur sympathisant, de tels sentiments de culpabilisation et de résignation n'ont manifestement plus cours. Ils relèvent d'un âge périmé et (rétroactivement) condamnable. Entre la solution propre de développement durable (thermolyse et ses ramifications) et la solution conservatrice (incinération + enfouissement) qui pollueraient les générations pour des décennies entières, le débat est désormais l'affaire de tous les citoyens responsables. Il s'agit d'une véritable rupture avec un passé de soumission et de résignation devant certains lobbys opportunistes. Cette rupture appelle maintenant l'initiative et l'audace de la part de l'ensemble des décideurs (représentants de l'Etat, élus, comités, associations, entrepreneurs..), et à suivre l'exemple de ceux qui se sont déjà mis au travail, comme en France avec l'usine d'Arras.

L'urgence pour 2005, est de se démarquer des mauvaises pratiques et solutions du siècle précédent; de sortir de l'immobilisme et de préparer activement la période 2010-2020, avec de nouveaux moyens à déployer afin de laisser un monde toujours meilleur à nos enfants.

l'ADSE

Pour en savoir davantage sur les données techniques, économiques et industrielles, ne manquez pas de consulter
l'Annexe Technique de ce dossier !



REFERENCES

[1]
Rapport Sénatorial du 10 juin 1999 concernant les Nouvelles techniques de recyclage et de valorisation des déchets ménagers et des déchets industriels banals, par G.Miquel et S.Poignant:
http://www.senat.fr/rap/o98-415/o98-41517.html (Deuxième Partie, Section III), voir aussi Annexe Technique.

[2] J-F.Deveau, http://perso.wanadoo.fr/france.concept/thermo.html


Dernière mise à jour
10-Fév-2005